La zone de conservation des Annapurna, au Népal, n’avait jamais accueilli autant de visiteurs étrangers. Les chiffres publiés par l’organisme qui la gère montrent une fréquentation presque doublée en un an, portée surtout par le tourisme indien, et des recettes de droits d’entrée au plus haut. Pour qui prépare un trek dans le massif cet automne ou au printemps, ces chiffres ont des conséquences concrètes sur les sentiers et les villages étapes.
Plan de l'article
Plus d’un demi-million de visiteurs en un an #
Selon les données de l’Annapurna Conservation Area Project (ACAP), relayées par le média économique népalais B360, 508 476 visiteurs étrangers venus de 169 pays sont entrés dans la zone au cours de l’exercice budgétaire népalais clos mi-juillet 2026. L’année précédente, ils étaient 278 113. La hausse dépasse 80 %.
L’Inde représente l’essentiel de cette progression, avec 375 797 visiteurs. Viennent ensuite, loin derrière, la Chine (12 539), les États-Unis (9 884) et le Royaume-Uni (9 859). La France arrive en cinquième position avec 7 939 visiteurs, devant la Malaisie, l’Allemagne et l’Australie. « C’est la première fois qu’autant de touristes indiens viennent », a déclaré Rabin Kadariya, le responsable de l’ACAP, cité par B360.
Des recettes au plus haut
Le 20 octobre, The Himalayan Times a détaillé l’autre versant de ce record : 677,59 millions de roupies népalaises de droits d’entrée perçus sur les visiteurs étrangers, contre 464,88 millions l’exercice précédent et 389,46 millions celui d’avant. Le quotidien précise le barème : 1 000 roupies pour les ressortissants d’Asie du Sud, 3 000 roupies TVA comprise pour les autres visiteurs, dont les Européens.
Ces recettes servent au fonctionnement de la zone protégée, qui couvre 7 600 kilomètres carrés répartis sur cinq districts, de Kaski à Mustang. Les permis spéciaux des zones réglementées, eux, vont à l’État fédéral. Le Haut-Mustang a ainsi délivré 1 855 permis de dix jours à 500 dollars, et la vallée de Nar Phu 1 338 permis de sept jours à 100 dollars.
Un afflux qui ne se répartit pas partout de la même façon #
Le chiffre global masque une réalité très contrastée. D’après B360, la poussée indienne s’est concentrée sur la période de mi-mai à mi-juin, et sur deux pôles : Pokhara, où l’occupation hôtelière a atteint 90 % au printemps, et le temple de Muktinath, dans le Mustang. Environ 40 % des visiteurs indiens de Pokhara poursuivent jusqu’à ce lieu de pèlerinage, souvent par la route.
Autrement dit, une bonne partie de ce demi-million de visiteurs ne marche pas sur les sentiers classiques du tour des Annapurna ou du camp de base. Les visiteurs venus d’autres pays (124 331 sur l’exercice) correspondent davantage au profil du trekkeur, et leur nombre reste bien plus modeste.
À lire Les GR du Morbihan fêtent leurs 80 ans : un concours photo ouvert aux randonneurs
Ce que cela change pour un trekkeur
Le premier effet concerne la logistique en basse vallée. Pokhara, point de départ de la plupart des itinéraires, peut afficher complet au printemps. Réserver ses premières et dernières nuits à l’avance devient plus prudent qu’il y a quelques années, surtout entre avril et juin.
Le deuxième concerne le Mustang et la portion du tour des Annapurna qui descend de Muktinath vers Jomsom. Ce tronçon est déjà desservi par une route, celle qu’empruntent les pèlerins qui montent au temple. Beaucoup de randonneurs choisissent déjà de le couvrir en jeep ou de bifurquer par des sentiers de variante, plus calmes.
Le troisième effet est plutôt positif : des recettes en hausse donnent à l’ACAP davantage de moyens pour l’entretien des sentiers, la gestion des déchets et les postes de contrôle.
Choisir sa saison et son itinéraire #
L’automne, d’octobre à novembre, reste la meilleure période pour la visibilité sur les sommets, et elle n’est pas celle du pic de fréquentation indienne. Pour un premier trek dans le massif, les grands classiques demeurent le tour des Annapurna par le col du Thorong La, le camp de base des Annapurna (ABC) et la boucle plus courte de Poon Hill. Ceux qui cherchent du calme se tournent vers des itinéraires moins fréquentés comme le Mardi Himal ou la vallée de Nar Phu, à condition d’accepter le permis spécial et ses contraintes.
Côté formalités, les règles sur le guide obligatoire et l’enregistrement des trekkeurs ont évolué plusieurs fois ces dernières années, et les informations qui circulent sur les blogs se contredisent. Le plus sûr reste de vérifier les conditions en vigueur auprès du Nepal Tourism Board ou de l’agence locale qui organise le circuit, au moment de réserver.
Enfin, un voyage en groupe organisé règle la plupart de ces questions : permis, hébergement en lodge, portage et transferts sont pris en charge. En contrepartie, l’itinéraire est figé, ce qui laisse moins de marge pour éviter les portions les plus fréquentées.
Le record de l’exercice 2025-2026 confirme surtout une chose : les Annapurna attirent désormais bien au-delà du public des randonneurs. Pour garder l’expérience du trek, tout se joue dans le choix de la saison et des variantes.




